La bérézina professionnelle et sociale des personnes devant vivre avec un trouble bipolaire. Rétablissement clinique et rétablissement fonctionnel social dans le trouble bipolaire : le grand GAP (Edito juin 2019)



Côtoyer mes pairs a mis en lumière bien des processus que je ne pensais inhérents qu’à moi-même : la bérézina professionnelle et sociale.
Savez-vous que je rencontre des médecins, avocats, ingénieurs, infirmiers et anciens élèves infirmiers, aides-soignants, éducateurs PJJ, physiciennes, pasteur, ex de la finance, informaticiens, anciens chefs d’entreprise, journalistes…  avec ce point commun pour un certain nombre d'entre eux : la maladie bipolaire les a exclus du monde professionnel (après 15-20 ans en général, ou parfois les a privés de finir leurs études) pour les laisser au bord du précipice de l’exclusion sociale.
La maladie bipolaire a fait exploser en plein vol leurs plans et leurs rêves, pourtant parfois soigneusement élaborés pendant des années de labeur (études longues et sélectives).
Peut-on imaginer un double exempt de troubles qui aurait réussi, là où eux ont échoué ? ou plutôt est-ce leur double Dostoïevskien qui les a menés au fiasco ?   
C’est frappant de nous voir, avec nos handicaps quasi invisibles, disserter dans un café en pleine journée, pendant que nos semblables dotés des mêmes diplômes ou/et capacités/compétences les exercent tout naturellement et gagnent leur vie grâce à ce sacré Graal qu'est devenu à nos yeux un salaire !!  
Nous, sommes condamnés à mettre en sourdine nos compétences entravées par ce trouble et double redoutable et pourtant tellement invisible aux yeux du néophyte.
Mélange de honte et de résignation, en tout cas d’humilité à marche forcée. Car  il nous reste l’humilité, l’écoute, l’empathie, savoir « faire avec cette » « mauvaise providence » et bien d’autres choses encore, car nous, avons frôlé ou connu l’exclusion.
Le rétablissement clinique peut être présent : plus ou peu de symptômes, mais reprendre « sa » place dans la société (rétablissement fonctionnel) n’est pas si simple et la culpabilité en envahit certains : en pleine possession de leurs moyens mais « en panne » professionnellement et socialement.
Beaucoup font le choix du bénévolat, une inclusion sociale imparfaite mais qui a le mérite d’exister et qui rend humble parmi les humbles.
Voir l’important, voir l’essentiel.
Si la performance ne nous caractérise plus, en revanche nous visons l’humilité …

ED




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