Les troubles psychiques agissent en bande organisée mais bonne nouvelle : on peut lutter. Notre destin est entre nos mains (Edito avril 2019)

Nous avons une grande partie de notre destin entre les mains, grâce à la neuroplasticité et l'épigénétique

Un trouble psychique est rarement seul, au contraire, il est souvent accompagné d’un ou plusieurs « gros bras ».
Prenons par exemple le trouble bipolaire, il emmène souvent avec lui un fidèle acolyte : le trouble anxieux, lequel n’est pas seulement ce que l’on entend dans le langage courant, à savoir : être vaguement plus inquiet que la moyenne. Il est bien plus redoutable, s’incarnant sous différentes formes identifiables :
· l'anxiété sociale (ou dite « phobie sociale » mais elle est bien plus large)
· l'anxiété de performance (source d’échecs et souffrances)
· le TAG (trouble anxieux généralisé)
· les addictions
…Etc.
Le trouble bipolaire, contenu (grâce aux traitements, thérapies, éducation thérapeutique, pair-aidance …), le trouble anxieux est toujours là, tapi et omniprésent, qui le ravive régulièrement, comme si les deux troubles étaient les deux têtes d’une même hydre.
Il faut y rajouter ce qui les favorise, les entretient et les maintient :
- Tout un ensemble de schémas ou modes de pensée : biais cognitifs, qui sont bien ancrés non pathologiques en eux-mêmes mais pouvant mener à l’anxiété voire à la dépression.
Qu’est ce qui est en jeu ?
L’ensemble du spectre des troubles anxieux faussent les relations à l’Autre, favorisant l’échec privé et professionnel, et ont pour effet de tirer l’estime de soi vers le bas (qui soit dit en passant a déjà été durement malmenée par le trouble principal).
Parmi les schémas de pensées délétères, l’un est particulièrement redoutable : le « perfectionnisme » (là aussi, c'est autre chose que son sens dans le langage courant, qui est seulement d’être pointilleux). Le perfectionnisme est autrement plus destructeur, car il engendre automatiquement une succession d’échecs sans fin, du fait d’objectifs trop élevés, aboutissant à cette conclusion : « je suis nul », « je ne vaux rien » et « je serai toujours nul ». Car bien entendu, il va de pair avec le biais cognitif « en tout ou rien », on échoue mais en plus on généralise : on échouera « toujours ».
Bref tous ces caïds phagocytent le mental. Identifier ses comportements, ses pensées, ses émotions est très difficile, le déclic se fait tard ou ne se fait pas. Différentes thérapies cognitives et comportementales (TCC) et outils peuvent être très utiles à cette fin et la pleine conscience (mindfullness) peut aider à neutraliser (en les identifiant et les acceptant) les pensées négatives qui provoquent anxiété et à terme dépression.
Cependant, une fois identifié cet amas de processus cousins et intriqués, c’est comme une bombe que l’on doit désamorcer, fil à fil, enlevant un à un, chaque mode de pensée, biais ou croyance, qui nous tire vers le bas. Détricoter lentement ce qui a mis des années à se construire n’est pas aisé. Et pourtant, c'est possible, les progrès des neurosciences nous montrent que l’on peut changer nos comportements, créer de nouvelles habitudes, créer de nouveaux circuits cérébraux.
C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale (ou neuroplasticité) qui est un espoir pour tous, mais encore plus pour les malades psychiques. Si l’on y ajoute les avancées de la génétique, à savoir que nous que nous pouvons agir sur l'expression de certains de nos gènes (l'épigénétique), nous avons toutes les raisons d’espérer.
L'espoir est au centre du rétablissement en santé mentale ( « Se rétablir" au sens d'avoir une vie satisfaisante et heureuse malgré un handicap ou maladie psychique ) et nous avons désormais une base scientifique à cet espoir, grâce au principe désormais vérifié que modifier son comportement modifie son cerveau. Toutes les thèses que l’on ne pouvait vérifier et que l’on devait croire sur parole (si l’on met de côté toutes les thèses d’orientation psychanalytique) peuvent être expliquées de cette façon désormais : les thérapies par le sens (logothérapie de V. Frankl), thérapies par l’acceptation et l’engagement (ACT d’Hayes et Smith), la psychologie positive, l’optimisme (Martin Seligman), la pleine conscience (mindfullness de Jon Kabat-Zin)…etc.
Nous savons scientifiquement que nous avons des possibilités majeures d'agir sur nos comportements et notre vie. Cela change tout ! Quel que soit la méthode utilisée (c'est d'ailleurs pourquoi elles peuvent marcher) : psychologie par le sens, psychologie positive, thérapie ACT, méditation de pleine conscience (mindfulleness), sport, hygiène de vie (alimentation, sommeil...), spiritualité... etc., nous avons une grande partie de notre destin entre les mains.
Savoir que c’est possible permet que cela soit possible…

E.D
Edito avril 2019
Mouvement et Association Psy’hope

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