L’apport des Neurosciences peut-il exercer une influence « positive » sur notre labilité émotionnelle ? Docteur Bernard ANSELEM


« Les gens les plus heureux n’ont pas nécessairement le meilleur de tout ; ils ne font que ressortir le meilleur de tout ce que la vie met sur leur route ». Mais,il existe un monde de différence entre vouloir positiver en niant ses émotions (déni) et choisir d’orienter volontairement son attention vers le positif après avoir fait le travail d’acceptation de ses ressentis."

Article majeur et complet dans Manager Santé de Bernard Anselem, 11.2018, paru sur la page Facebook du Mouvement Psy'hope, 16.11.2018 :



Où l'on apprend que :

Les émotions sont des informations utiles

"Les émotions ne sont pas des informations inutiles. Elles nous informent sur tout ce qui importe pour nous, en bien ou en mal, et constituent un irremplaçable système d’alerte qui guide nos actions. Attention, cela ne signifie pas qu’il faille constamment les écouter."

L’apport des neurosciences 

"La compréhension des mécanismes émotionnels nous apprend que l’émotion est première, tout d’abord dans le temps : la chronologie montre que les réseaux émotionnels s’activent AVANT les perceptions visuelles[i] ou auditives conscientes, mais également dans l’espace : ces réseaux sont ancrés au plus profond du cerveau, ils sont plus anciens que le langage ou les raisonnements, et existaient bien avant le développement de l’intelligence humaine."

Ce qui ne fonctionne pas

"La volonté : Attention à l’effet boomerang ou « effet d’amplification ». Plus la lutte est intense, plus les émotions indésirables s’amplifient. Cet échec sera mal vécu et s’accompagne de culpabilité, dévalorisation de soi, ou de report sur les autres (victimisation)."
Le déni : La fausse positivité nous fait perdre la capacité à voir le monde tel qu’il est. Les douleurs internes finissent toujours par trouver le chemin de la sortie…
Les évasions artificielles, tabac, alcool et autres substances. "

Ce qui fonctionne

"Pourtant, des solutions efficaces existent, elles nécessitent une souplesse d’esprit, une agilité mentale pour remettre en cause nos certitudes rationnelles et un minimum de courage pour adopter une attitude contre-intuitive : accepter de ressentir ces perceptions désagréables dans un premier temps.
Tout d’abord identifier et NOMMER l’émotion avec le plus de précision possible. Cette étape permet de mieux comprendre nos réactions. En cas de difficulté, passer par l’écriture qui permet d’approfondir les pensées.
Puis ACCEPTER le ressenti, sans l’éviter, sans le nier, ni le minimiser. L’intérêt est de déclencher les phénomènes internes et inconscients de régulation, et de dédramatiser la situation en déculpabilisant (et donc d’améliorer son estime de soi) : « cette émotion est naturelle, laissons la s’exprimer, elle correspond à un besoin ». Ce n’est pas agréable mais  c’est utile. Une précision : accepter un ressenti n’est pas approuver une situation ni se résigner à ne rien faire !  L’acceptation n’est pas la passivité, accepter ce qu’il est impossible de changer et agir sur le reste.
Puis Prendre du RECUL : Une émotion est un état transitoire, elle ne représente pas ma personnalité profonde, je ne suis pas une peur ni une tristesse, je vaux mieux que mes angoisses ou mes faiblesses.  La dédramatisation et le recul permettent de barrer la route aux ruminations, de libérer le cerveau pour l’action (au lieu de se focaliser sur la souffrance), de s’ouvrir sur la recherche de solutions, plutôt que la recherche de coupables.
Puis CHOISIR une stratégie d’action en fonction de la situation : trouver une activité motivante, reconstruire une action adaptée, remettre en cause ses habitudes de pensée douloureuses (voir les choses sous un angle plus favorable), agir selon ses valeurs, entrainer son cerveau à porter plus d’attention sur l’instant présent, développer ses liens relationnels, travailler son estime de soi, et enfin un exercice particulièrement efficace : se focaliser sur les éléments positifs… Ah bon ??  Le début de l’article soutenait le contraire ?! Il existe un monde de différence entre vouloir positiver en niant ses émotions et choisir d’orienter volontairement son attention vers le positif après avoir fait le travail d’acceptation de ses ressentis."

Positif ou pas ?

"La tyrannie de la positivité : ne confondons pas la conscience bénéfique des événements positifs, avec la recherche avide de positivité. S’entraîner à voir le bon côté de faits réels est différent du déni des émotions négatives. Exiger un bien-être permanent conduit à accumuler les frustrations, sans jamais trouver de contentement[ii]. Attendre une vie sans stress, sans déception, sans échec, est un objectif de mort-vivant !
À l’inverse, se laisser entraîner par un excès de pensées et émotions négatives est hautement toxique et conduit à des ruminations pathologiques. Le plus souvent, ces pensées négatives s’imposent à nous (pensées intrusives). Les démarches d’orientation vers le positif prennent alors tout leur sens pour rééquilibrer cette sensibilité aux pensées négatives. De nombreux travaux de neuropsychologie montrent qu’en moyenne, nous percevons 70 à 80 % de sentiments à tonalité positive ou neutre et 20 à 30 % à tonalité négative. Les personnes les plus satisfaites de leur vie ne dépassent pas cette proportion. Les profils anxieux s’approchent de 50% de négatif et les personnes dépressives inversent les ratios : 2/3 de perceptions négatives.
Il est illusoire de chercher à éradiquer les perceptions négatives, en revanche il est utile de rétablir l’équilibre lorsque les émotions négatives prennent trop de place.
L’orientation volontaire vers le positif se pratique par des prises de conscience multiples dans la vie quotidienne ou par des exercices à posteriori, plus approfondis[iii]. Apprendre à savourer les bons moments, à discerner le positif dans la difficulté ne dépend que de notre libre choix. Cette simple vision détermine notre bonne humeur en profondeur. Penser positif dans ces conditions, est très différent de s’imposer une fausse positivité par déni des émotions négatives.
Il existe maintenant des centaines d’études montrant qu’orienter son attention sur les éléments positifs de la vie augmente nos capacités à affronter l’adversité, améliore notre créativité et ouverture d’esprit[iv], approfondit nos liens sociaux, notre motivation, lutte contre le stress et les tendances à la dépression ou à l’anxiété[v]."
[i]LeDoux J.The amygdala.Curr Biol. 2007 Oct 23;17(20):R868-74.
[ii] Mauss IB, &al (2011). “Can seeking happiness make people unhappy?”. Emotion,11(4), 807–815.
[iii] Seligman, M.E.P., Steen, T.A., Park, N., Peterson, C. (2005) Positive psychology progress. American Psychologist, 60.(5) 410-21.
[iv]Fredrickson, B. L., & Branigan, C. (2005). Positive emotions broaden the scope of attention and thought–action repertoires. Cognition and Emotion, 19, 313–332.
[v] Emmons,R.A., Mc Cullough,M.E., (2003) Counting blessing versus burdens : an experimental investigation of gratitude and subjective well-being in daily life. Journal of personality and social Psychology, 84
Pour plus de détails voir l’article : "Efficacité motivation créativité. La force du choix de nos pensées" 
https://managersante.com/2018/11/16/le-terrible-malentendu-des-emotions-negatives-neurosciences-de-lagilite-emotionnelle/

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