Plongée dans les affres de la mélancolie : d'où vient cette affection de l'âme aux multiples visages ? LCI, 18 octobre 2018

"Tout le monde peut vivre des moments de mélancolie, mais être "un mélancolique", cela signifie être habituellement triste, avoir peu de gaieté, peu de joie." Laurie Hawkes*, psychologue

Vague impression de tristesse à dépression profonde, la mélancolie peut prendre différents visages. Mais pourquoi certains y sont-ils plus sujets que d'autres ? Et surtout, d'où vient ce sentiment ? Une psychologue a répondu à LCI.

La psychologue clinicienne Laurie Hawkes sépare dans la mélancolie :
"une part génétique et une part liée au milieu familial – l’humeur ayant régné dans la famille où l’on a grandi enfant, l’accueil réservé à la joie enfantine, l’encouragement à se montrer joyeux ou plutôt à être un gentil enfant triste."


La mélancolie au sens psychiatrique :
"désigne un état de dépression profonde dans lequel tombent les maniaco-dépressifs (aujourd’hui dits "bipolaires") dans la phase basse, et qui exacerbe la volonté de catastrophe qui sommeille en eux quand plus rien ne va : "Le mélancolique a un visage figé, inexpressif, une perte d’énergie vitale, un ralentissement général… Soit un état extrêmement pénible à vivre, avec un risque suicidaire réel", nous décrit Laurie Hawkes. Un état de mélancolie qui fait vivre au ralenti, à l'image de la montre molle des tableaux de Salvador Dali ou, plus récemment au cinéma, de Melancholia de Lars von Trier, éblouissant film sur la fin du monde où la tristesse avait des allures de planète gigantesque. Une sorte de soleil noir." La psychologue conseille un livre, Face aux ténèbres : chronique d’une folie, dans lequel l'auteur William Styron, en décrivant sa mélancolie au sens psychiatrique, donne à comprendre l’enfer de cette souffrance, suggérant aussi qu'elle se soigne, même si cela dépend de la profondeur de la dépression et de la façon dont le sujet la vit."



La mélancolie dans le langage courant :
"La mélancolie indique plutôt "une sorte de langueur, un vague sentiment de tristesse dont l’objet n’est souvent pas très clair", selon les mots de Laurie Hawkes. Un beau sentiment de tristesse diffuse chéri par Baudelaire, Dürer et autres Nerval, et que paradoxalement, on peut avoir envie d’entretenir, comme source de créativité, de réflexion. Un "atout qui nous fait ralentir, réfléchir, nous questionner, écrire des poèmes ou peindre un tableau", vante même la psychologue. "Mais cette douce mélancolie-là, celle qui fait prendre conscience du temps qui passe et qui menace de nous faire "bad-triper" le dimanche après-midi, se soigne-t-elle ? "Des chercheurs américains ont déterminé que nous possédons chacun un niveau habituel de joie, notre ligne de base, répond notre psychologue. On serait donc prédisposé à être gai ou bien triste. Les travaux actuels semblent indiquer que l’on ne changerait guère sa tendance de base. Mais on peut apprendre à s’accepter avec ce tempérament d’une part, et à cultiver et rechercher toutes les occasions de joie d’autre part. Donnant ainsi accès à une vie plus agréable." Soit ce que Victor Hugo appelait, dans Les Travailleurs de la mer, le "bonheur d'être triste".  

Article de Romain Le Vern

*Qui est Laurie Hawkes ?

auteure du livre "La force des introvertis"

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