Les troubles mentaux ne sont pas des fictions !

Les troubles mentaux ne sont pas des fictions, mais les noms que nous leur donnons et la manière dont nous les classons sont des raccourcis commodes. Ces étiquettes sont limitées et limitantes pour parler de problématiques particulièrement complexes dans lesquelles s'entremêlent des processus biologiques, psychologiques, contextuels, environnementaux et sociaux.

1 personne sur 4 présentera l'un de ces troubles au cours de sa vie :
dépression
anxiété
hyperactivité
schizophrénie
autisme
addiction
stress post-traumatique
hypocondrie
anorexie
pyromanie
trouble explosif intermittent
paraphilie
...etc,
plusieurs centaines, mais on peut les regrouper en un nombre plus limité de catégories :
troubles de l'humeur
de l'anxiété
du développement
des apprentissages
de la personnalité
de la sexualité
de l'alimentation
...etc, 
durant une période plus ou moins longue.

Les troubles mentaux sont, dans les pays industrialisés, la deuxième cause d'années de vie passée avec un handicap et ils sont l'un des principaux facteurs de risque de suicide (en France plus de 10.000 morts par an, et 200.000 tentatives).
Les troubles mentaux ne sont pas des fictions : 
Souffrir d'une dépression sévère, c'est être incapable de penser, ne pas pouvoir planifier quelques minutes en avance, penser à la mort ou à se tuer plusieurs heures par jour, ne plus éprouver aucun plaisir, perdre son attachement à ses enfants, ses amis, ne plus dormir... 
Avoir un trouble anxieux généralisé grave, c'est être terrorisé en permanence, penser que ses proches ont eu un accident mortel parce qu'ils sont en retard, craindre en permanence le pire, subir les affres physiques de l'angoisse extrême. 
Avoir un trouble psychotique, c'est sentir son corps se fragmenter, sa perception se désintégrer, entendre des voix imaginaires proférer des insultes, sentir sa volonté et ses désirs se déliter. 
Être hypocondriaque, c'est vivre dans la terreur permanente d'avoir une maladie grave, consulter pour la découvrir des dizaines de médecins, faire des centaines d'examens, interpréter chacun de ses signes corporels comme une preuve de la maladie non découverte, avoir la totalité de sa conscience envahie par l'obsession médicale au point de ne plus pouvoir vivre.
Non, ces troubles ne sont pas inventés par une société intolérante dans l'unique but d'exclure les personnes différentes ou par les laboratoires pharmaceutiques dans le seul but de faire du profit en vendant des psychotropes, mais ils font souffrir, parfois atrocement et on peut en mourir !
Ces représentations péjoratives impactent la vie de ceux qui en sont atteints : l'exclusion de la vie sociale, la dégradation de leurs relations et la diminution de leur estime personnelle. Les préjugés peuvent ruiner leurs espoirs de trouver des solutions thérapeutiques ou les précipiter dans la consommation de substances inefficaces voire dangereuses. Mal informé, l'entourage peut aussi s'épuiser et perdre espoir jusqu'à se détourner de leurs proches en souffrance.
La tendance à la déconstruction de ces catégories psychiatriques traditionnelles est aujourd'hui massive dans la recherche scientifique de pointe. Plutôt que de continuer à classer les personnes dans des catégories grossières dans lesquelles elles ne rentrent jamais, et qui servent de support à des stratégies thérapeutiques inadaptées et peu efficaces car trop générales, la tendance est aujourd'hui à une psychiatrie personnalisée, à des approches singulières qui cherchent à comprendre les mécanismes générateurs de souffrance spécifique à chacun et à chaque situation afin de proposer des interventions complexes et sur mesure (recherche de plus de subtilité, de finesse, de singularité...).
Les représentations sociales des troubles mentaux, celles du grand public, celles des patients, celles des proches, celles des professionnels peuvent jouer un rôle positif dans le processus de soin, ou au contraire venir restreindre notre capacité à évoluer en nous maintenant dans des schémas stéréotypés de pensée. On sait peu de choses, dans les détails, sur la manière dont sont compris, vécus, ressentis, les troubles mentaux dans la population. Pourtant, cette connaissance est indispensable pour pouvoir communiquer à propos de la santé mentale et des stratégies efficaces d'intervention, et même pour comprendre les troubles mentaux eux-mêmes car, plus encore que les maladies strictement somatiques, ils sont aussi faits de représentations, de normes, de valeurs, de relations.
Pour contribuer à la recherche et à l'amélioration des soins et en apprendre davantage sur les troubles mentaux : Enquête Crazy'App.
Les signataires:

Xavier Briffault, Chercheur en sciences sociales et philosophie de la santé mentale au CNRS-CERMES3, Maria Halphen, Fondatrice de la Fondation Philippe et Maria Halphen en France et Présidente de Meeting For Minds à l'international, Professeur Luc Mallet, Professeur de psychiatrie à l'Université Paris-Est Créteil et chef d'équipe à l'ICM Margot Morgiève, Chercheuse en sociologie de la santé mentale, ICM-CERMES3​​​​​​​, Karim N'Diaye, chercheur en neurosciences et psychologie à l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM)

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