La vie humaine au prisme de la question contemporaine de la santé mentale : entre trésor et capital ? (Revue Française d'éthique appliquée, CAIRN, 2017).


parFrançoise Champion
Sociologue, chargée de recherches honoraire au cnrs.
etNadia Garnoussi
Maître de conférences en sociologie, université de Lille 3, ceries.

Plan de l'article

  1. La vie biologique et psychique comme bien suprême : un trésor absolument inévaluable ?
  2. La bonne santé mentale : un capital ?
  3. Face à l’atteinte psychique, la vie comme épreuve-défi
  4. Conclusion

RÉSUMÉ :


L’extension du champ de la santé mentale – via la prévention d’un nombre croissant de troubles psychiques mais aussi la promotion du bien-être global – témoigne de la progression d’une double conception de la vie humaine comme trésor et comme capital. D’un côté, comme nous le montrons à l’appui des politiques publiques de lutte contre le suicide, se renforce l’impératif social de préservation de la vie biologique, notamment celle des personnes vulnérables. D’un autre côté, les arguments humanistes-démocratiques – qui font de l’accès à la « vie bonne » un « droit de l’homme » – intègrent l’idée que l’équilibre physique et mental dépend de l’utilité sociale entendue comme l’accomplissement d’un « travail productif ». Le cas de l’Angleterre est ici exemplaire, où le programme Improving Access To Psychological Therapies doit permettre de prendre massivement en charge les troubles psychiques courants grâce aux thérapies comportementales et cognitives, afin de réduire la perte de productivité liée aux arrêts de travail ou à l’inemploi. Cette approche capacitaire se décline ailleurs, et différemment, dans les mouvements en faveur du recovery, de l’empowerment, de la résilience des personnes souffrant de troubles psychiques. En traduisant l’atteinte psychique dans le registre de l’« épreuve », en défendant à la fois la singularité des existences fragilisées et la possibilité pour les personnes de cultiver leurs potentialités pour être plus autonomes et plus participatives, leurs discours déplacent tout en la reformulant la tension entre la vie comme trésor et la vie comme capital. Ils expriment en particulier une résistance au modèle de l’individualité performante, porteur de stigmatisation des personnes vulnérables, mais laissent ouverte la question de l’inégalité des aptitudes à retourner positivement l’épreuve que constitue l’atteinte psychique.


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